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Une recherche active dans les dystrophies musculaires d'Emery-Dreifuss

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Vignette Actualité : Deux personnes en entretien

Les dystrophies musculaires d'Emery-Dreifuss (DMED) sont des maladies musculaires rares, d'origine génétique, caractérisées par une atteinte musculaire et cardiaque. Il en existe trois types : les laminopathies dues à des anomalies dans le gène LMNA codant les lamines A/C, ainsi que les DMED dues à des anomalies dans les gènes EMD codant l’émerine ou les gènes FHL1 codant la protéine FHL1. Le Dr Rabah Ben Yaou de l’Institut de myologie fait le point sur les récentes avancées dans ces maladies.

En novembre 2025 s’est tenue la 24e édition de la réunion annuelle du réseau français des « Dystrophies musculaires d’Emery-Dreifuss et autres pathologies de l’enveloppe nucléaire » que vous organisez. Quels ont été les points forts de cette journée ?

La présentation de l’étude sur les atteintes cardiaques dans les laminopathies de l'enfant, coordonnée par les cardiologues de l’hôpital Cochin (Paris) dans le cadre du registre national OPALE, lequel recense les données des personnes atteintes de laminopathie ou d’émerinopathie en France, m’a beaucoup intéressé. L’atteinte musculaire se manifeste avant l’âge d’un an dans ces formes très sévères, avec une perte de la marche, voire l’absence d’acquisition de la marche. Nous pensions que l’atteinte cardiaque serait elle aussi précoce, mais en fait, certains vont la développer à l’âge de 10 à 15 ans et d’autres plus tard, entre 20 et 30 ans, finalement comme les formes qui auraient débuté à l’âge adulte. 

L'autre point fort concerne les travaux de Claire Leclech, chercheuse CNRS à l’École polytechnique (Paris). Elle a développé un outil permettant d’analyser la déformabilité des noyaux des cellules des patients, obtenues à partir de biopsie, en les faisant passer une à une dans des rainures microscopiques. Contrairement aux noyaux des cellules saines qui sont capables de se déformer et de passer facilement, les noyaux des patients atteints de laminopathies ont perdu cette capacité à cause des mutations dans le gène LMNA. Ce test pourrait permettre ainsi de déterminer si des mutations identifiées au préalable par l’analyse génétique, et qui n’étaient pas encore connues comme étant associées à la maladie, sont ou non responsables de la laminopathie. Il est en cours de validation.

D’autres études ont été présentées : l’une clinique concernant l’effet de certains médicaments, appelés inhibiteurs de la SGLT2, sur les complications métaboliques chez certains patients souffrant de laminopathies, l’autre plus fondamentale concernant le rôle des protéines de l'enveloppe nucléaire dans la régulation génique des noyaux sous-synaptiques. 

Il existe un observatoire national des patients atteints de laminopathie ou d’émérinopathie (OPALE). Combien de patients ont été inclus dans ce registre ? 

Nous recrutons les patients au fil de l’eau depuis sa création en 2013. Actuellement, nous avons inclus plus de 900 patients pris en charge au sein d’une quarantaine de centres, 24 atteints d’émerinopathie et 886 de laminopathie. Chaque année, entre 50 et 100 nouveaux patients sont identifiés en France. L’objectif est de colliger les données cliniques de tous les patients suivis en France pour améliorer les connaissances sur ces pathologies, en particulier sur l’atteinte cardiaque, et faciliter leur inclusion dans de futurs essais thérapeutiques. 

Un registre européen des laminopathies, qui permettrait de regrouper les données de plusieurs pays, est en cours de création.

L’essai de phase III évaluant l’intérêt d’un inhibiteur de la voie des MAP-kinases dans les laminopathies n’a pas été concluant. Quelles sont les autres pistes thérapeutiques étudiées dans les DMED ? 

L’enjeu de la prise en charge des DMED repose beaucoup sur la gestion de l’atteinte cardiaque. 

À ma connaissance, il n’existe pas d’essais cliniques en cours, mais la recherche est très active pour mieux comprendre la régulation des lamines A/C, des émerines et de la protéine FHL1 afin d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. 

La composante inflammatoire de certaines laminopathies est aussi une piste intéressante. Des réactions inflammatoires importantes ont été constatées dans des biopsies musculaires de patients atteints de laminopathies congénitales, ce qui est assez inhabituel pour des maladies génétiques. Des observations ont déjà montré que des patients traités par des anti-inflammatoires, comme les corticoïdes, gagnaient quelques années de marche. C’est essentiel, car plus un patient perd la marche tôt, plus il est exposé précocement à des complications telles que des atteintes respiratoires ou des déformations orthopédiques.

Des chercheurs taiwanais ont également montré que certaines substances, comme la créatinine, semblent améliorer l’endurance de poissons zèbres souffrant de laminopathie et pourraient donc avoir un effet sur la maladie musculaire mais pas sur l’atteinte cardiaque. Cet effet n’est cependant pas spécifique aux laminopathies car la créatine améliore les performances fonctionnelles dans beaucoup de maladies musculaires.