Myopathie avec déficit en TK2 : un premier traitement autorisé en Europe

La recherche et la prise en charge des myopathies mitochondriales dues à un déficit en thymidine kinase 2 (TK2) connaissent aujourd'hui plusieurs avancées : une première thérapie est désormais autorisée en Europe pour les formes précoces, le suivi des formes tardives s’affine, et le traitement montre de premiers résultats encourageants chez l’adulte.
La myopathie mitochondriale avec déficit en TK2 est une maladie génétique rare qui prive les muscles de l’énergie nécessaire à leur fonctionnement et entraîne une faiblesse musculaire progressive.
Jusqu’à récemment, aucun traitement spécifique n’était autorisé en Europe et la prise en charge reposait uniquement sur des soins de soutien, comme une rééducation motrice ou une assistance respiratoire.
Une première thérapie autorisée en Europe
La Commission européenne a accordé, le 31 mars 2026, une autorisation de mise sur le marché au Kygevvi (doxecitine + doxribtimine), déjà autorisé aux États-Unis. C’est le premier, et à ce jour le seul, traitement spécifique de la maladie autorisé dans l’Union européenne. Cette décision fait suite à l’avis favorable rendu en janvier 2026 par l'Agence européenne des médicaments (EMA).
Dans une étude, 84 % des patients ont regagné au moins une capacité motrice après la prise de ce médicament. Une autre analyse a également montré une amélioration de la fonction respiratoire et une réduction du risque de décès après environ deux ans de traitement.
L’autorisation concerne uniquement les patients dont les symptômes ont débuté avant l'âge de 12 ans, les données sur l’impact de ce médicament restant limitées quand la maladie apparaît plus tardivement.
Une autorisation de mise sur le marché ne signifie pas que le médicament est immédiatement disponible : sa commercialisation suppose, notamment en France, la fixation de son prix. Dans l’intervalle, la Haute Autorité de santé (HAS) a octroyé en mai 2026 une autorisation d’accès précoce, qui permet déjà aux patients concernés d’accéder au traitement, et qui a nécessité une évaluation à laquelle l’AFM-Téléthon a contribué et fait entendre la voix des patients et de leurs familles.
Mieux comprendre l’évolution des formes tardives
Une étude espagnole a suivi, pendant deux ans, onze patients, dont les premiers symptômes sont apparus autour de 27 ans, pour mieux comprendre l'évolution de ces formes tardives afin d’optimiser les stratégies de traitement.
La faiblesse musculaire progressive impacte la mobilité, mais aussi la respiration, puisque plus de 70 % des participants ont eu recours à une assistance ventilatoire. Tous n’ont pas suivi la même trajectoire de la maladie, le déclin moteur et respiratoire étant plus important chez ceux dont les symptômes sont apparus à l’adolescence ou au début de l’âge adulte.
Des outils pour mesurer la progression de la maladie ont aussi été identifiés pour évaluer l’efficacité de futurs traitements, comme la protéine GDF15, marqueur sanguin dont le taux élevé était lié à la perte de capacité respiratoire et motrice.
Des bénéfices observés aussi chez l’adulte
Jusqu’ici, le bénéfice du traitement par nucléosides dans la myopathie mitochondriale avec déficit en TK2 était surtout démontré chez l’enfant, avec peu de données chez les patients avec forme tardive. Une nouvelle étude turque apporte des données supplémentaires dans cette population : six adultes ont reçu ce même traitement (doxecitine et doxribtimine, les molécules du Kygevvi) en accès compassionnel, et ont été suivis pendant deux ans en moyenne, jusqu’à trois ans pour certains.
Les résultats recueillis en fin de suivi sont encourageants : le traitement est bien toléré, et les patients voient, de façon durable, une amélioration de leurs capacités motrices (notamment une distance de marche multipliée par trois, voire quatre pour les patients suivis plus longtemps), une stabilisation ou une amélioration de leur fonction respiratoire (alors qu’elle diminuait avant traitement), une baisse de la fatigue d’environ un tiers et une prise de poids notable chez les personnes en sous-poids.
Les chercheurs soulignent également que, si l’initiation précoce du traitement est souhaitable pour de meilleurs résultats, des améliorations peuvent être observées même à des stades avancés de la maladie. Il s’agit toutefois d’une petite étude et sans groupe contrôle ; ces résultats prometteurs devront être confirmés à plus grande échelle.
Sources
First treatment for rare thymidine kinase 2 deficiency.
European Medicines Agency (EMA). Communiqué de presse du 30 janvier 2026.
KYGEVVI (doxécitine et doxribtimine) — Déficit en thymidine kinase 2 (TK2d) : autorisation d’accès précoce. Haute Autorité de santé. 21 mai 2026.
Exploring Outcome Measures for Mitochondrial Myopathies; Insights From a Longitudinal Study on TK2 Deficiency.
Martin-Jimenez P, Bermejo-Guerrero L, Ochoa LE et al.
J Inherit Metab Dis. 2026 Jan
Late-onset TK2 deficiency in adults: Long-term clinical outcomes of deoxynucleoside therapy.
Durmus H, Gedikbaşı A, Ceylaner S et al. Mitochondrion. 2026 Jul
