Dystrophie musculaire de Becker

Publié le 20/06/2022

La dystrophie musculaire de Becker (DMB) est due à un déficit incomplet en dystrophine, protéine clé du muscle. Moins abondante ou tronquée, elle reste néanmoins fonctionnelle. La DMB se manifeste par une faiblesse musculaire des jambes et apparaît dans l'enfance ou l'adolescence, voire plus tard. Un suivi médical et une prise en charge limitent ses manifestations de la maladie notamment pour le cœur et les muscles ; la recherche vers de nouveaux traitements s'appuie sur les progrès dans la dystrophie musculaire de Duchenne. 

Quels sont les signes de la dystrophie musculaire de Becker ?

La dystrophie musculaire de Becker est une maladie du muscle causée par des anomalies génétiques de la dystrophine : c'est une dystrophinopathie, tout comme la dystrophie musculaire de Duchenne (DMD).

Elle a été décrite pour la première fois en 1955 par le Professeur Becker comme une maladie distincte de la dystrophie musculaire de Duchenne. Plus rare que celle-ci, la dystrophie musculaire de Becker ne représente qu'environ 10% des dystrophinopathies. La dystrophie musculaire de Becker est aussi appelée myopathie de Becker, Becker Muscular Dystrophy (abrégé en BMD).

Dans la dystrophie musculaire de Becker, l'atteinte musculaire est plus tardive. Certaines formes de DMB sont peu sévères mais d’autres sont plus proches de la DMD.

Elle se manifeste par une faiblesse musculaire prédominant aux membres inférieurs (fatigue à la marche, gêne pour courir, sauter, monter des escaliers) qui apparaît dans l'enfance ou l'adolescence, voire plus tard. S'y associent souvent des douleurs musculaires et des crampes.

Une atteinte du muscle cardiaque (cardiomyopathie) apparaît en général dans un deuxième temps, même si, parfois, elle peut être au premier plan.

Les femmes peuvent être porteuses de l’anomalie génétique, mais seules 10 à 30% d’entre elles risquent de développer une atteinte musculaire et/ou cardiaque.

A quoi est-elle due ?

La dystrophie musculaire de Becker est due à une anomalie le gène DMD situé sur le chromosome X, entrainant des anomalies d'une protéine : la dystrophine. Cette dystrophine anormale n'assure pas sont rôle : en effet, sa présence contribue à rendre les cellules musculaires plus solides, en formant des ponts protéiques entre l'intérieur et l'intérieur et l'extérieur de la cellule. Cet échafaudage souple et résistant est très utile face aux contractions répétées du muscle : aussi l'absence de dystrophine fragilise les cellules musculaires.

Plusieurs approches thérapeutiques sont en cours de développement pour limiter les conséquences des défauts de la dystrophine.

Comment la maladie se transmet-elle ?

Seuls les hommes ayant une anomalie dans le gène DMD, sur leur chromosome X, en sont atteints, ou presque... puisque une minorité de femmes porteuses de l'anomalie génétique peuvent aussi avoir quelques symptômes. Le chromosome X qui porte l'anomalie génétique se transmettre aux enfants descendance.

C'est une maladie génétique à transmission récessive liée au chromosome X.

En savoir plus sur les dystrophinopathies chez les femmes

Quelle prise en charge dans la DMB ?

Le diagnostic et la prise en charge de la dystrophie musculaire de Becker se conçoivent au mieux dans le cadre de consultations pluridisciplinaires spécialisées dans les maladies neuromusculaires.

La prise en charge médicale vise essentiellement à prévenir les complications de l'atteinte musculaire, notamment cardiaques et orthopédiques, améliorant le confort et la qualité de vie des hommes atteints de dystrophie musculaire de Becker.

Une surveillance régulière, musculaire, orthopédique, respiratoire, cardiaque..., permet de mettre en œuvre au bon moment - en fonction de l'évolution de chaque personne - les techniques de prise en charge nécessaires à la prévention et à la limitation des conséquences de l'atteinte musculaire de la dystrophie musculaire de Becker.

  • Une  prise en charge orthopédique (kinésithérapie, massages...) régulière entretient la souplesse et l'amplitude des mouvements.
  • Un suivi cardiologique régulier est nécessaire, afin qu'un traitement adapté soit mis en route si des signes cardiaques sont détectés par les examens médicaux.
  • Lorsqu'il existe une atteinte des muscles respiratoires, celle-ci requiert une prise en charge spécifique.
  • La carte d’urgences Dystrophie musculaire de Becker (DMB), mise en place par la filière FILNEMUS en 2019, présente les recommandations importantes pour la sécurité et la prise en charge médicale d’urgence des personnes atteintes de myopathie de Duchenne.
  • Le conseil génétique permet d'informer et d'accompagner une personne, ou une famille, confrontée au risque de développer ou de transmettre cette maladie.

Les traitements d'aujourd'hui et demain

La recherche thérapeutique dans la myopathie de Becker bénéficie des progrès de la recherche dans la dystrophie musculaire de Duchenne, liée aussi à des anomalies de la dystrophine : on parle de dystrophinopathies.

De très nombreuses équipes de chercheurs travaillent sur la myopathie de Duchenne, tant pour comprendre le(s) rôle(s) de la dystrophine que pour essayer de remédier à son absence (thérapie génique, thérapie cellulaire, pharmacologie conventionnelle). Pour l’essentiel, ces équipes comprennent des biologistes, des généticiens et des cliniciens. La tendance actuelle est de concentrer les efforts par une intégration transversale de la recherche au sein de consortiums internationaux

Voir les Avancées dans les dystrophies musculaires de Duchenne et de Becker.

La recherche pharmacologique

Plusieurs essais évaluent des médicaments qui agissent contre les effets de la diminution de la dystrophine dans le muscle :  protéger le coeur, limiter l'atteinte respiratoire, préserver la force musculaire, réduire l'inflammation du muscle, améliorer l'irrigation de ce dernier, lutter contre l'oxydation des tissus, stimuler l'apport d'énergie de la cellule... Certains d'entre eux sont des médicaments déjà utilisés dans d'autres indications (repositionnés) et d'autres, des molécules innovantes.

L’EDG-5506 est une petite molécule développée par Edgewise Therapeutics. Prise en traitement oral, cette molécule bloque l’action d’une enzyme, l’ATPase, qui agit sur les myosines des fibres rapides ce qui limite leur recrutement, alors qu'elles sont très affectées dans les dystrophies. Son action empêche leur dégradation. Un essai a montré que ce produit était bien toléré et qu'il pouvait protéger le muscle.

Le givinostat agit sur la régénération du muscle en bloquant la myostatine. Des essais du givinostat sont en cours en Italie et aux Pays-Bas.

La prednisone est un glucocorticoïde utilisé précocément en prévention dans la dystrophie musculaire de Duchenne. Un essai clinique en cours aux Etats-Unis évalue l'efficacité et la tolérance d'un traitement hebdomadaire de prednisone chez des adultes atteints de BMD. Plus d'infos sur l'essai

L'epicatéchine est une molécule aux vertues antioxydantes de la famille des flavonoïdes, présente dans le thé et le cacao. Les résultats d'un essai américain évaluant l'épicatechine dans la BMD viennent d'être publiés. Ils montrent que cette molécule améliore la biogénèse des mitochondries et la régénération des muscles. Plus d'infos sur l'essai.

D'autres molécules évaluées dans la DMD pourraient bénéficier aux malades atteints de dystrophie musculaire de Becker :

Le tamoxifène est un médicament utilisé en cancérologie depuis près de 40 ans. Dans les dystrophinopathies, il agirait en protégeant le muscle. L'efficacité et la tolérance du tamoxifène sont évaluées dans plusieurs essais cliniques dans la DMD. L'essai TAMDMD qui évalue le tamoxifène dans la DMD est un essai international qui se déroule notamment en France.

La vamorolone représenterait, dans les dystrophinopathies, une alternative aux traitements corticoïdes utilisés habituellement en prévention. Il a les mêmes effets positifs que les glucocorticoïdes sans en avoir les effets secondaires. Des résultats d'essais cliniques viennent de montrer que le vamorolone semble bénéfique sur la fonction motrice dans la DMD sur le long terme.

Le nébivolol est évalué dans la DMD pour ses effets cardioprotecteurs, dans un essai clinique français. Les résultats de cet essai sont en cours d'analyse et pourraient bénéficier aux dystrophies musculaires de Becker.

Des études d'histoire naturelle

L'expression de la dystrophie musculaire de Becker est très variable. Les formes de la maladie peuvent être très peu symptomatiques ou parfois proches de la DMD. Il est difficile de faire des corrélations entre la façon dont la maladie s'exprime (phénotype) et l'anomalie génétique en cause (génotype) en particulier pour prévoir les symptômes cardiaques. Des études d'histoire naturelle cherchent à mieux connaitre la maladie. Aux États-Unis, le réseau CINRG (Cooperative International Neuromuscular Research Group) collecte des données qui servent à la fois à mieux caractériser la maladie et à optimiser les approches de saut d'exons. Plus d'infos.

Améliorer la prise en charge de la myopathie de Becker

Élaboré par les experts de la filière de santé maladies rares neuromusculaire, le Protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) « Dystrophie musculaire de Becker » a été publié en décembre 2019. Il détaille la prise en charge optimale d’une personne atteinte de myopathie de Becker.

Le registre sur les dystrophinopathies

  • Le Registre Dystrophinopathies est une base de données française dédiée aux myopathies de Duchenne et de Becker née en 2019. Coordonné par le Pr. Isabelle Desguerre (Hôpital Necker, Paris) et financé par l’AFM-Téléthon, il recense les données cliniques et génétiques des patients atteints de DMD ou de DMB suivis en consultation en France. Son but est d’alimenter les travaux de recherche et de faciliter l’accès aux études et essais cliniques pour les malades.
  • La base de données UMD-DMD France (UMD pour Universal Mutation Database), soutenue par l'AFM-Téléthon reste active.

Voir les Avancées 2022 dans les DMD et DMB : Elles font le point sur toutes les approches développées dans la dystrophie musculaire de Becker.

 

Où en est la recherche ?

De nombreuses équipes de chercheurs travaillent sur les dystrophinopathies et ce soit la myopathie de Duchenne ou de Becker, tant pour comprendre les rôles de la dystrophine et les mécanismes biologiques de la maladie que pour trouver de nouveaux médicaments pour la guérir.

86 essais cliniques dans le monde dont 13 dans la DMB

Des collaborations nationales et internationales pluridisciplinaires permettent aux chercheurs, généticiens, cliniciens... de capitaliser les connaissances acquises sur la maladie, de les transformer en pistes thérapeutiques et de franchir le cap des essais cliniques. Les associations de malades sont parties prenantes de cet effort de recherche à la fois pour financer des projets de recherche et pour sensibiliser, informer et accompagner les patients autour des essais cliniques.

Voir les Avancées dans les dystrophies musculaires de Duchenne et de Becker.

Des conférences et congrès ont lieu pour partager les progrès scientifiques et médicaux, impulser des collaborations et faire naître des projets de recherche :

  • Conférences annuelles de la Muscular Dystrophy Association (MDA) et de l'association Duchenne Parent Project.  
  • Congrès de la World Muscle Society, colloques de l’ENMC (European Neuromuscular Center) et TREAT-NMD,
  • La prochaine édition de Myology, congrès médico-scientifique organisé régulièrement par l’AFM-Téléthon aura lieu en septembre 2022. 

En savoir plus sur Myology 2022