Dystrophie musculaire de Duchenne

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La myopathie de Duchenne est une maladie neuromusculaire qui provoque un affaiblissement progressif des muscles. En cause, l'absence de dystrophine, une protéine qui leur est indispensable. Seuls les garçons sont atteints ou presque, car elle concerne aussi quelques filles. Près de 10 ans de vie ont été gagnés sur la maladie en vingt ans, grâce aux soins et aux médicaments disponibles ; aujourd'hui, des molécules innovantes en essais cliniques nourrissent l’espoir d’aller encore plus loin !

Des muscles affaiblis

La dystrophie musculaire de Duchenne (DMD, myopathie de Duchenne, dystrophie musculaire liée à l’X) se manifeste par une faiblesse musculaire qui apparait dans l'enfance, de manière très progressive. Cette maladie d'origine génétique touche d’abord les muscles squelettiques, ceux des membres, du tronc… ainsi que ceux de la respiration comme le diaphragme ou les muscles abdominaux (utile pour tousser). Elle atteint aussi le cœur (un muscle squelettique un peu différent) et certains muscles lisses des organes internes comme ceux de la paroi de l’intestin ou de la vessie. 

La dystrophine en cause

Des anomalies dans le gène DMD, situé sur le chromosome X sont à l’origine de la maladie. Elles ont un impact sur la production de la dystrophine à partir de ce gène. Dans la maladie de Duchenne, cette protéine est totalement absente, tandis que dans une autre maladie très proche, la dystrophie musculaire de Becker, la dystrophine peut être produite en faible quantité ou être plus petite provoquant des formes moins sévères de la maladie.

L'absence de dystrophine a de nombreux effets négatifs sur les cellules musculaires et les muscles eux-mêmes : inflammation, oxydation, perte des mitochondries, fibrose… D’autres fonctions comme la respiration sont impactées indirectement car elles dépendent des muscles.

Les conséquences de l'absence de dystrophine sur les cellules et tissus (inflammation, fibrose, calcium...) et sur les fonctions de l'organisme (musculaire, cardiaque, respiratoire, cérébrale, digestive)

La transmission de la maladie

La myopathie de Duchenne se manifeste chez les garçons. Les femmes qui ont un chromosome X porteur d'une anomalie dans le gène DMD ne présentent, le plus souvent, pas de gêne même si certaines auront des symptômes légers et quelques autres, une authentique myopathie de Duchenne, similaire à celle des garçons. 
Le chromosome X altéré, lorsqu’il est présent chez une femme peut se transmettre à sa descendance (50 % de risque). Il s’agit d’une transmission dite récessive liée au chromosome X. Les filles qui reçoivent le chromosome X porteur de l’anomalie du gène DMD ne seront pas malades (en général), alors que les garçons oui.

En savoir plus sur les dystrophinopathies chez les femmes

En moyenne, 4,78 personnes pour 100 000 personnes sont touchées par la myopathie de Duchenne qui reste une maladie dite « rare ». Il y aurait donc en France 100 à 150 garçons nouveau-nés atteints de la myopathie de Duchenne chaque année et plus de 3000 personnes atteintes (Orphanet).

Le conseil génétique permet d'informer et d'accompagner une personne, ou une famille, confrontée au risque de développer ou de transmettre cette maladie.

Les signes de la maladie

Les premières difficultés motrices apparaissent dans l'enfance vers l'âge de 3 à 4 ans : les muscles sont moins forts, notamment ceux des jambes, et des difficultés à la marche peuvent déjà exister, ainsi qu'une plus grande fatigabilité. 
Au fil des années, apparaît une faiblesse musculaire progressive des jambes puis des bras et du tronc. Se relever, monter les escaliers, puis marcher deviennent difficiles avant de ne plus être possible. 
L’atteinte du cœur, un muscle lui aussi, ne se manifeste que bien plus tard, même si elle commence à se développer sans symptômes assez tôt dans l’enfance. Elle aboutit à une cardiomyopathie qui limite l’efficacité du cœur. 
Il peut exister aussi chez certains enfants des troubles cognitifs comme un retard ou des troubles du langage, des difficultés d’apprentissage, des troubles de la communication ou comportementaux.

Les médicaments disponibles

Des médicaments prescrits assez tôt dans l'enfance freinent l'évolution de la maladie. Ils protègent : 

  • les muscles, repoussant de plus de 2 ans en moyenne la perte de la marche ; 
  • le cœur, retardant l’installation de la cardiomyopathie ;
  • la respiration, en limitant le développement de l'atteinte respiratoire.
Les traitements disponibles dans la DMD, corticoïdes , IEC et ataluren

 

  • Les corticoïdes retardent la perte de la marche de préservent les capacités respiratoires. Ils sont prescrits systématiquement entre 4 et 6 ans. Des mesures complémentaires sont recommandées (vitamine D et calcium, suivi diététique...) pour minimiser leurs effets secondaires.
  • Les Inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC) parfois associés à des bétabloquants qui ralentissent le cœur, sont utilisés systématiquement et précocement (à partir de l'âge de 8 - 10 ans) pour retarder l'apparition des conséquences cardiaques de la DMD. Des bêtabloquants peuvent être proposés en complément devant certains troubles du rythme cardiaque. 
  • L’ataluren (Translarna®) est un traitement innovant qui, en détournant un type d’anomalie du gène DMD qui produit des codons STOP (mutation non sens), relance la fabrication de dystrophine. Dix pour cent des personnes atteintes de DMD possèdent ce type d'anomalie. Autorisé de manière conditionnelle en Europe depuis 2014, il peut être prescrit en France en milieu hospitalier dès l'âge de 5 ans chez les personnes marchantes ayant une mutation stop du gène DMD. Cependant, sa commercialisation pourrait être remise en cause en Europe, en raison de résultats d'efficacité insuffisants.

Les recommandations en France, sont de prescrire ces traitements assez tôt dans l’enfance, comme le prévoit le Protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) dans la dystrophie musculaire de Duchenne, publié en 2019 par la Haute Autorité de Santé (HAS).

Les soins au quotidien

La prise en charge médicale de la maladie comprend des soins réguliers destinés à limiter les complications orthopédiques, cardiaques et respiratoires…
Elle repose sur de la rééducation, des traitements pour faciliter la respiration comme la ventilation assistée lorsque cela est nécessaire, la prescription de médicaments (corticoïdes, médicaments pour le cœur) et des interventions chirurgicales si besoin.
Elle améliore le confort et la durée de vie des personnes atteintes de dystrophie musculaire de Duchenne. 

La prise en charge médicale est instaurée dans le cadre d’un suivi médical régulier en consultation pluridisciplinaire neuromusculaire et dès le diagnostic de la maladie posé. Les soins proposés dépendent de l'évolution de chaque personne. Ils sont réajustés au cours du temps dès que nécessaire. 

  • Un suivi cardiologique régulier est nécessaire, afin qu'un traitement adapté soit mis en route si des signes cardiaques sont détectés par les examens médicaux en particulier, les IEC dès l’âge de 8-10 ans, puis une prise en charge au cas par cas.
  • La prise en charge orthopédique entretient la souplesse et l'amplitude des mouvements ; elle prévient ou limite la progression d'une déformation de la colonne vertébrale (scoliose). 
  • La prise en charge respiratoire commencée dès les premiers signes d'une atteinte respiratoire permet de conserver des capacités pulmonaires optimales.
  • L’utilisation d’aides techniques permet de continuer à réaliser les gestes de la vie quotidienne de manière autonome (fauteuil roulant ou scooter électrique, support de bras…).

L'atteinte cognitive, lorsqu'elle est présente, nécessite une évaluation à l'aide d'un bilan neuropsychologique. Ce dernier permet de repérer les points fort et les difficultés pour proposer une rééducation adaptée et des solutions facilitant notamment la scolarité et la vie sociale.  

Faciliter la scolarité. Chaque enfant, quelle que soit sa situation, doit bénéficier des meilleures conditions possibles pour sa scolarité. Des dispositifs d'accompagnement existent pour faciliter la scolarité des enfants en situation de handicap à toutes les étapes de l'apprentissage. 
Les indispensables pour scolariser son enfant sur le site de l'AFM-Téléthon

Et en cas d'urgence ? La carte d’urgences Dystrophie musculaire de Duchenne (DMD), mise en place par la filière FILNEMUS donne les recommandations importantes pour la sécurité et la prise en charge médicale d’urgence des personnes atteintes de myopathie de Duchenne.

Prévenir et gérer les situations d’urgence

La recherche de traitements

La recherche de nouveaux traitements pour guérir la maladie est très active. Trois grandes approches sont privilégiées pour cibler soit l'origine de la maladie, soit ses conséquences.

3 approches thérapeutiques dans la DMD

Thérapies innovantes

La thérapie génique, le saut d'exon et la translecture de codon-stop sont des stratégies thérapeutiques innovantes permettant aux muscles de fabriquer des formes de dystrophine fonctionnelles. La thérapie cellulaire est une autre approche qui apporte aux muscles des cellules en bonne santé.

La thérapie génique micro-dystrophine

La thérapie génique consiste à remplacer le gène de la dystrophine (gène DMD) défectueux par un gène  thérapeutique codant une microdystrophine, transporté par un vecteur jusqu'aux muscles, le plus souvent un vecteur viral de type AAV. La microdystrophine a été choisie pour ce transfert de gène car le gène DMD entier est trop grand pour le petit virus AAV. Elle contient toutes les parties utiles à sa fonction dans les cellules musculaires.

 

Six produits de thérapie génique AAV-microdystrophine à l'essai

les six AAV-microdystrophine en développement

La thérapie par saut d’exon

Le saut d'exon est une technique qui rend possible la fabrication d’une protéine à partir d’un gène défectueux, en agissant sur son ARN messager, au moment de sa formation (maturation). Elle utilise des oligonucléotides antisens, fragments d'ADN ou d’ARN fabriqués en laboratoire, qui en reconnaissant une zone précise de l’ARN messager issu du gène endommagé, permettent de fabriquer à nouveau une protéine.
Plusieurs oligonucléotides antisens ont été conçus (avec différentes structures chimiques) pour cibler les anomalies du gène DMD, comme des suppressions d’un ou plusieurs exons : appelées délétions, elles sont relativement fréquentes (le saut d'exon 51 concerne environ 14 % de patients, le saut d'exon 53 : 10%, le saut d'exon 45 : 9 %.

Seize oligonucléotides antisens en essais cliniques dont certains en France :
. SQY51 (saut d'exon 51), un oligonucléotide antisens tricyclo-ADN : essai AVANCE1 
. eteplirsen (saut d'exon 51) : essai MIS51ON
. SRP-4053 (saut d'exon 53) et SRP-4045 (saut d'exon 45) : essai ESSENCE
Quatre médicaments de saut d'exon autorisés (AMM conditionnelle) aux États Unis ou Japon.
. casimersen (Amondys45®/SRP-4045 : saut d'exon 45) (USA) 
. eteplirsen (Exondys51® : saut d'exon 51) (USA) 
. golodirsen (Vyondys53/SRP-4053 : saut d'exon 53) (USA)
. viltolarsen (Viltepso®/NS-065/NCNP-01 : saut d'exon 53) (Japon et USA).

La thérapie cellulaire

Plusieurs approches sont en développement dans la DMD.

  • Le CAP-1002 est un produit contenant des cellules souches cardiaques de donneurs, qui après administration à à des patients atteints de DMD favorisent la régénération musculaire cardiaque. Les résultats l'essai HOPE-2 évaluant le CAP-1002, montrent qu’il est bien toléré et améliore la morphologie et la fibrose cardiaque et ainsi que la fonction des membres supérieurs (développée par le laboratoire Capricor Therapeutics).
  • Une thérapie cellulaire appelée DT-DEC01 repose sur l’utilisation de cellules chimériques exprimant la dystrophine et créées à partir de la fusion de deux myoblastes (les cellules souches précurseurs des cellules musculaires), l’un provenant d’un donneur sain, et donc qui exprime la dystrophine, et l’autre de chaque patient atteint de DMD, qui sera traité ensuite par les cellules chimériques obtenues. Les premiers résultats ont été publiés fin 2023.

Autres candidats médicaments

Encore à l'essai et/ou autorisés, des médicaments ciblant les conséquences de l'absence de dystrophine dans le muscle sont à l'étude : protéger le cœur, limiter l'atteinte respiratoire, préserver la force musculaire, réduire l'inflammation des muscles, améliorer leur irrigation sanguine, lutter contre l'oxydation des tissus, stimuler l'apport d'énergie de la cellule.

 Médicaments autorisés, ils poursuivent leur évaluation

Un nouveau produit prometteur 

  • L'EDG-5506 (sevasemten) est une petite molécule qui protégerait les fibres musculaires des lésions, en particulier les fibres rapides. Développé par le laboratoire Edgewise Therapeutics, elle est évaluée dans plusieurs essais internationaux (essai LYNX, essai FOX pour les patients déjà traités par thérapie génique).

Ils n'ont pas fait leurs preuves

  • Le pamrevlumab (FG-3019) est un anticorps monoclonal. Son évaluation se termine (le laboratoire stoppe son programme) signant l'arrêt des essais notamment en France chez les garçons atteints de DMD marchants et non marchants ; en effet, les résultats n'ont pas confirmé d'efficacité sur la fibrose  ni sur la fonction motrice.
  • Le tamoxifène a été évalué en France dans l'essai TAMDMD maintenant terminé. Les résultats n'ont pas apporté de preuve de son efficacité dans la DMD et son développement dans cette indication n'est pas poursuivi.

Le registre français des dystrophinopathies

Le Registre francais des dystrophinopathies est un outils de collecte de données de santé français dédié aux myopathies de Duchenne et de Becker, créé en 2019. Coordonné par le Pr. Isabelle Desguerre (Hôpital Necker, Paris) et financé par l’AFM-Téléthon, il recense les données cliniques et génétiques des patients atteints de DMD ou de DMB suivis en consultation en France. Son but est d’alimenter les travaux de recherche et de faciliter l’accès aux études et essais cliniques pour les malades. Voir aussi la page sur l'Entrepôt de données de santé.

Recherche, conférences et congrès : ça bouge !

Une recherche internationale active

De nombreuses équipes de chercheurs travaillent sur la myopathie de Duchenne, tant pour comprendre les rôles de la dystrophine et les mécanismes biologiques de la maladie que pour trouver de nouveaux médicaments pour la guérir.

Des collaborations nationales et internationales pluridisciplinaires permettent aux chercheurs, généticiens, cliniciens... de capitaliser les connaissances acquises sur la maladie, de les transformer en pistes thérapeutiques et de franchir le cap des essais cliniques. Les associations de malades sont parties prenantes de cet effort de recherche à la fois pour financer des projets de recherche et pour sensibiliser, informer et accompagner les patients autour des essais cliniques.

Voir les Avancées dans les dystrophies musculaires de Duchenne et de Becker.

    Le nombre de publications scientifiques, d'essais cliniques dans  la DMDl'année

    Des conférences et des congrès

    Ils permettent de partager les progrès scientifiques et médicaux, d'impulser des collaborations, de faire naître des projets de recherche, mais aussi d'aborder d'autres questions pour vivre mieux au quotidien.